4 octobre 2018 : journée du droit. Les réseaux sociaux.

Ce jeudi 4 octobre 2018, les élèves de 5 ROME5 OSLO et 5 LIMA ont eu le privilège de recevoir la visite de maître PERRIER, avocate en droit pénal, installée depuis deux ans à Nîmes. Cette intervention s'est faite dans le cadre de la journée du droit, à l'initiative du ministère de l'Education nationale, qui prévoit un dialogue très fléché autour des réseaux sociaux et des droits et devoirs des mineurs sur Internet. Ceci s'intègre également dans le cadre du programme d'enseignement moral et civique.

 

Maître Perrier a débuté son intervention par un sondage. Force est de constater que tous les élèves de 5e sont concernés par les réseaux sociaux : Instagram, Snapchat, Musically, Facebook... Dans la seule classe de 5e Rome par exemple, tous ont un compte Snapchat et quatre élèves ont déjà leur chaîne Youtube, et ce, depuis plusieurs années.

 

 

Maître Perrier indique alors aux élèves qu'il faut avoir normalement 13 ans minimum, âge à partir duquel selon la loi on est capable de faire preuve de discernement), pour ouvrir un compte sur ces réseaux sociaux. 

S'ensuit alors un échange extrêmement intéressant sur les usages des réseaux sociaux numériques, leurs dangers, leurs risques.

Maître Perrier fait d'abord réagir les élèves autour de cette formule « Si c’est gratuit, c’est vous le produit », ou plus justement : si un service commercial a l’apparence du gratuit, c’est vous le produit. A l’heure actuelle l’essentiel des revenus générés par ces plateformes provient en effet de l’exploitation des données de leurs utilisateurs à des fins publicitaires. La clef des revenus colossaux de ces entreprises est leur base de données utilisateur. Plusieurs élèves reconnaissent alors qu'ils ne se doutaient pas du tout que leurs données pouvaient être exploitées.

 

Maître Perrier insiste ensuite sur les différents dangers des réseaux sociaux :

- un risque de surveillance privée abusive. 

- l’usurpation d’identité : Les risques peuvent être colossaux et occasionner de sérieux soucis. À plus petite échelle, une personne qui va se faire passer pour une autre sur un réseau social grâce à des informations récupérées facilement, sans même accéder au véritable compte, peut déjà faire beaucoup de mal à la réputation et à la tranquillité de quelqu’un.

- les risques d’exposition de soi : les réseaux sociaux imposent une forme de représentation publique de soi. Si celle-ci peut présenter des effets bénéfiques et être maitrisée, elle peut impliquer certains dangers. Ainsi, les activités en ligne laissent des traces qui sont durables et potentiellement accessibles à beaucoup de monde. Il devient important de soigner sa réputation numérique et de faire attention à ce que les autres peuvent voir de nous en ligne. Attention au futur ! Il n’est pas toujours possible de faire disparaitre les traces que l’on a laissées sur Internet. Même si les services permettent d’en retirer certaines, supprimer une information gênante peut s’avérer très difficile si les données ont été disséminées au travers de différents sites et relayées par de nombreuses personnes. Maître Perrier insiste sur la réflexion à avoir avant de déposer des choses sur les réseaux sociaux : une photo « rigolote » à un moment de sa vie peut devenir compromettante à un autre. Il peut un jour porter préjudice, et pire porter préjudice à un ami !

 

En répondant aux nombreuses interrogations des élèves, Maître Perrier fait régulièrement un rappel à la loi :

- pour assurer la protection de la vie privée, des règles existent et notamment les articles 226-1, -2 et -2-1 du Code pénal : « Est puni d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende le fait, au moyen d'un procédé quelconque, volontairement de porter atteinte à l'intimité de la vie privée d'autrui : 1° En captant, enregistrant ou transmettant, sans le consentement de leur auteur, des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel ; 2° En fixant, enregistrant ou transmettant, sans le consentement de celle-ci, l'image d'une personne se trouvant dans un lieu privé. Et le récent -2-1 qui sanctionne expressément la diffusion d’élément touchant à l’intimité sexuelle d’une personne sans que celle-ci n’y ait consentie : « Lorsque les délits prévus aux articles 226-1 et 226-2 portent sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel prises dans un lieu public ou privé, les peines sont portées à deux ans d'emprisonnement et à 60 000 € d'amende.

Ainsi, les propos et photos échangés de façon privée qui constituent des morceaux de l’intimité d’une personne sont protégés par le droit et quelqu’un qui les transmettrait sans consentement à des tiers réalise une infraction et peut être sanctionné.

 

Maître Perrier donne alors toute une série de conseils aux élèves concernant leurs usages des réseaux sociaux :

- Protéger ses appareils et ses données. Les appareils récents proposent des protections faciles permettant d’éviter à d'autres personnes d’accéder « trop » facilement à nos données. Il est bon de les utiliser. Il est ainsi bienvenu de configurer une méthode de déverrouillage sur son appareil (schéma de déblocage, code de session, etc.). Il est également important de penser à se déconnecter à la fin de l’utilisation du réseau social.

- Adopter des "phrases de passe" et plus des "mots de passe". Ainsi, les mots de passe, plus c’est long, plus c’est efficace. Il est donc préférable de disposer d’un mot de passe long et facile à retenir que d’un mot de passe très court même s'il est aléatoire. Il est en tout cas fondamental que les mots de passe utilisés sur différents réseaux sociaux soient différents ! 

- Limiter les informations transmises et utiliser des pseudonymes. On transmet déjà par défaut énormément d’information sur soi en surfant sur Internet et en agissant sur les réseaux sociaux. Nul besoin d’en donner plus, bénévolement. Pour chaque questionnaire, demande d’informations personnelles, on va chercher à distinguer ce qui est obligatoire et facultatif. Même si l’information est présentée comme obligatoire, il convient de s’interroger : en ont-ils réellement besoin ? S’il n’y a aucune légitimité ou raison à la demande, on peut choisir de donner des données inexactes ou incomplètes. De la même façon, l’usage de pseudonymes peut vous protéger s’ils sont bien employés.

- Se méfier légitimement, même de ses amis. La confiance dans les autres est absolument nécessaire et il ne faut pas devenir paranoïaque (et encore moins sans raison valable). Attention toutefois à ne pas confondre confiance et inconscience. Quelqu’un qui est un ami un jour, peut ne plus l’être le lendemain (même si cela peut n’être que temporaire : tout le monde peut changer), des sentiments peuvent être simulés, etc. Sans motif légitime, on ne confie pas ses mots de passe, même à ses amis, et on ne confie pas plus "en gage de confiance" des fichiers compromettants pour vous (par exemple des photos explicites). 

- Bien réfléchir avant de poster : de la même façon qu’il peut être important de « tourner cinq fois sa langue dans sa bouche avant de parler », il est préférable de prendre un temps de réflexion avant de « poster ». On peut ainsi se poser certaines questions : Est-ce que ma publication à un intérêt pour moi ou pour les autres ? Quel est l’objectif de ce message ? Ce message ou son ton peut-il offenser, manquer de respect ou blesser quelqu’un ? À qui s’adresse-t-il ? Qui pourra le voir ? S’il venait à être divulgué publiquement ou à être vu par une audience conséquente, cela me gênerait-il ? Risque-t-il d’être mal compris par certains ? Peut-il se retourner contre moi ? Suis-je sûr de ce que je dis ? Est-ce que les éléments que j’y diffuse peuvent gêner d’autres personnes ? 

 

Un grand merci à Maître Perrier pour sa disponibilité et cet échange extrêmement intéressant qui a su captiver les élèves et les faire réfléchir sur leurs usages souvent trop naïfs des réseaux sociaux.